Témoignage: Expérience archaïque

J’ai vécu quelque chose de profondément archaïque dans les cérémonies d’ayahuasca, du domaine de la conscience collective et des archétypes. Elles ont réveillé en moi des profondeurs de mon être que je ne savais même pas existaient, et en même temps m'a connectée à une dimension universelle. Je me suis rendu compte que tout est toujours là, mais nous ne voyons qu'aussi loin que nous nous permettons de voir ou savons voir.

 

Tout est là : la connaissance, le savoir, l’ancestral, aussi vastes que notre ADN contenant l’information du début des temps. L’ayahuasca m'a ramenée premièrement à la cérémonie, une forme de communion qui s’est malheureusement fortement perdue dans notre culture. Se réunir pour se régénérer ensemble, pour partager, chanter, guérir, sans tabou. Il y a encore un caractère spontané et sauvage, l’imprévu, l’expression brute, qui ne se mesure pas ni ne s’explique entièrement. Un lieu où l'on a pas à « fonctionner », où on a le droit d’être vulnérable, parler du cœur mais aussi enlever le masque et accueillir l’obscurité.

 

Ainsi, les cérémonies ont été un lieu de guérison pour moi, surtout du sentiment de séparation si dominant dans nos sociétés occidentales. Séparation d'avec la nature, séparation sociale, corporelle et de notre soi profond, séparation du divin. Finalement j’ai vu à quel point je m’étais éloignée de mes besoins fondamentaux, masqués par le rôle que je croyais devoir porter dans la vie de tous les jours. L'ayahuasca ma aidé a voir mes couches successives de protection, mes mécanismes de défense, mes patterns que j’ai accumulés depuis mon enfance, peut-être même avant, et que je portais comme un oignon autour de moi. Ces couches qui, dans leur temps de formation, m’ont sûrement apporté quelque chose qui me semblait nécessaire, ne me servaient plus depuis longtemps. Au contraire, elles m’empêchaient de découvrir l’essentiel de ma personne si enfoui en moi par les dogmes qui m’ont formée.

 

Pendant ma toute première cérémonie d'ayahuasca, je voyais comme je me fuyais depuis si longtemps. En fait j’étais complètement épuisée mais je continuais à courir, j’étais déconnectée de moi-même. Longtemps je ne m’étais plus arrêtée pour me ressentir. Je me tenais à des mécanismes incroyablement complexes, des logiques que je m’étais attribuée comme manuel de vie. Et le but de ce manuel ? Quelque chose de si basique et universel: atteindre l’amour. J’ai compris dans cette première nuit que l’amour finalement je pouvais l’atteindre en osant découvrir et être moi-même, enlever le masque.

 

Évidement, le travail ne se fait pas que en cérémonie, mais dans la grande cérémonie de notre vie. L'ayahuasca, qu’on nomme aussi la madre (la mère), nous montre, nous enseigne, nous punit, nous console puis c’est à nous, enfants, d’intérioriser nos leçons. L'ayahuasca m'a aussi enseigné l’amour universel. Ahh, difficile à expliquer par des mots, c’est une sensation d’amour inconditionnel du tout, de la nature même, de notre planète terre, de l’au-delà, que nous sommes tous aimés dans sa divine maternité. Une fois cette amour ressenti, c’est un lieux auquel je peux toujours retourner, comme si une nouvelle porte s’était ouverte dans mon cœur, toujours accessible si je le désir et si je la cherche.

 

Dans son caractère impitoyable, l'ayahuasca m'a aussi aidée à me purifier de beaucoup de choses, dont mes « vices » et ma malhonnêteté. Est-ce ma perception de vices ou est ce que ce sont des vices à caractère universel? Même si je n’ai jamais fait partie d’une religion, il est intéressant de voir que l’impureté, ou plutôt la pureté est centrale dans beaucoup de discours religieux, comme si notre état naturel tend vers une pureté, et c’est ce que je ressentais pendant les cérémonies. C’est vraiment magnifique d’apprendre que sur la planète où nous vivons, il y a des plantes qui poussent et qui nous permettent de guérir et de devenir meilleurs.

 

Cette médecine semble nous confronter d’abord avec nos peurs, le voyage du héros étant rarement un voyage facile et sans obstacle. Comme dans beaucoup de nos contes et histoires, il faut d’abord combattre et confronter, car ce que nous projetons quotidiennement vient finalement de notre histoire intérieure. Nous tissons notre vie. Elle m'a ramenée dans les sous-sols où vivent mes pires démons. J’ai passé beaucoup de temps dans les tréfonds de mon âme, une expérience des plus effrayantes que j’ai pu vivre. Je n’ai pas que vu mes impuretés, mais celles de toute notre société, l’aliénation de l’homme moderne. J’ai beaucoup pleuré pour son égarement et sa brutalité et déconnexion avec la nature.

 

C’est un grand travail de déconstruction de l’ego finalement qu’on peut faire avec l’ayahuasca. Aveuglé par notre ego, l’être humain semble avoir pris soi-même comme source d’inspiration primaire. Comme Narcisse qui ne voyait ni les poissons, ni l’eau ruisseler de la rivière, s’est perdu dans sa propre image et est tombé. En effet, l’ayahuasca m'a montré une plus juste valeur de moi-même : d’un côté elle m’a fait réaliser à quel point je me traitais mal et de l’autre coté, l’importance disproportionnée que je me donnais – l’incroyable paradoxe.

 

Elle m'a fait comprendre que beaucoup de gens se sont égarés, aussi nos parents (maternels et politiques), qu’on a plus vraiment de guide pour nous montrer le bon chemin, trop pris par la logique matérielle et l’accomplissement du soi comme une commodité. Il semblerait que les valeurs collective et spirituelles sont remplacées par l’individualisme et le capitalisme. Comme disait Max Weber, le monde a été désenchanté depuis le temps des Lumières. Le mysticisme ne fait plus partie de nos vies, ni le cérémoniel. Ainsi, disparaît la célébration de quelque chose de plus grand que nous, essentielle pour ne pas tomber dans l’égocentrisme.

 

Ainsi, cette médecine m’a réappris à suivre les lois naturelles, plutôt que les lois et dictons de nos sociétés. J’ai depuis changé ma façon de vivre et j’apprends encore à aimer. L’ayahuasca ma aussi reconnectée a une expression naturelle et créatrice : le chant, la musique, l’art. J’ai connu beaucoup de personnes qui après des cérémonies se sont remises Les chants en cérémonie sont très beaux et curatifs, comme l'est le fait de chanter ou jouer un instrument en cœur – le cœur, l’unisson du groupe.

 

L'ayahuasca m’a aussi ouverte à d’autres sphères de la réalité, des espaces où le temps n’existait pas. J’ai passé une éternité dans ces mondes jusqu'à ce que je sois revenu, ici. Grâce à ces expériences, j’ai pris conscience qu’il y a des choses que je ne peux pas expliquer et que la réalité qu’on essaye de nous vendre est très réductrice d’une réalité infiniment plus vaste et magique. Elle transcende les limites des mots et de la rationalité.

 

Je remercie les peuples indigènes de l’Amazonie d’avoir partagé leur médecine avec nous - cela avait un prix. Je la considère en effet comme une médecine qui peut nous aider et nous guérir des maladies modernes. Je remercie aussi la madre de tous les enseignements qu’elle nous apporte et les chamanes qui nous guident par les icaros à l’accueillir avec cœur et voyager dans ses dimensions.

 

A.

Conscience des plantes