Témoignage: Intention et rituel

En 2006, à 31 ans, je commençais mon chemin de recherche, par la méditation et le tantra. Je sentais bien que ce chemin apportait un alignement spirituel qui manquait à ma vie.

Mes stages de méditation, de respiration ou de tantra m’apportaient une ouverture de conscience et une compréhension sur mes fonctionnements. Je touchais aussi des états extatiques, comme une ivresse, un bain d’énergie qui me portait pendant plusieurs semaines.

Une amie mexicaine m'a alors parlé de ses expériences de quête de vision. L'idée d'être isolée dans la nature, à jeun, m'intriguait et me parlait de cohésion avec la nature, ainsi que de grandes expériences faites de petits riens à contempler la nature. J’étais intriguée et je voulais essayer.

Je ne savais pas que cette expérience me ferait découvrir le chemin des plantes sacrées.

C'est donc dans un contexte de jeun, lors d’une quête de vision, que j'ai fait ma première rencontre avec le peyolt: celui qu'on appelle "le grand père".

Dans ma vie, il y a un avant, et un après.

La quête de vision fut une expérience riche de communion avec le grand tout. Je ressentais comme l’Univers, l’Existence est là pour moi, et me protège. Je portais au peyolt mes intentions, mes grands questionnements du moment, et il m’apportait réponse. C’est comme une psychothérapie de plusieurs années en une seule nuit. La différence est aussi que, là où l’entendement est purement mental dans la psychothérapie, il est corporalisé avec les plantes.

Le fait de vivre ma question, de vivre aussi la réponse dans l’expérience de transe avec la plante fait que la réponse est directement intégrée. L’expérience se transforme en connaissance, immédiatement. Ça se vit comme une révélation, une évidence.

J’ai vécu mes premières cérémonies sous un tipi, au Mexique, dans le respect du rituel des peuples indigènes. Le rituel sous un tipi comporte toute une série de règles. J’ai un rapport plutôt difficile à la règle, à la contrainte. Ces cérémonies m’ont apporté un autre regard. Car le respect de cette discipline, c’est aussi le respect de son intégrité et sa propre ligne de conduite, de son engagement pour un choix.

C’est aussi une forme de dépassement de soi. Il a une autre texture que le dépassement de soi dans le sport, mais on y trouve, en commun, un goût pour la vie, sa vie.

Sous le tipi, le feu est à l’honneur pendant la nuit. Le tabac est fumé pour soigner, bénir ou assainir. Les aliments et l’eau sont à l’honneur en clôture de cérémonie.

Cette place sacrée occupée par les éléments pendant les cérémonies leur a ouvert une place plus pure dans ma vie. Ils ont, en moi, un espace de prière.

Je vais toujours en cérémonie avec une intention claire: une (ou plusieurs) question(s) que je me pose, et les plantes répondent. La réponse est toujours donnée sans complaisance, sans brutalité, avec précision et alignement. Pour moi, préparer mon intention, c’est déjà préparer la cérémonie. Je prépare le terrain à la plante. Je pourrais aussi dire: « je prépare ma venue devant la plante ».

J'ai, très rarement, participé à des cérémonies sans intention précise, simplement en remerciant la vie. Le retour de cette gratitude est toujours exponentiel.

Je n’avais pas de traumatisme particulier à venir guérir. Je n’en n’ai pas plus aujourd’hui que je poursuis ce chemin. Ce qui m’intéresse dans ce rapport à la plante, c’est un regard de développement, d’expansion de conscience, pour mieux me connaître. J’habite en Haute-Savoie et j’aime gravir les sommets. En cérémonie, je gravis ma propre montagne, celle de mon monde intérieur, de mes résistances, de ma compréhension du monde. C’est un véritable acte de méditation pour moi, bien au-delà du sens de la relaxation: dans la sagesse du regard sur la vie, dans la tolérance et la bienveillance, pour moi et pour l’Autre, que cela m’apporte.

Le chamanisme a modifié ma perception du monde qui m’entoure. J’aimais déjà beaucoup la nature, mais peut être plus en consommateur qu’en tant qu’être faisant partie du tout (l’Univers). Aujourd’hui je me sens connectée aux éléments. Je mets plus de conscience dans mes rapports au monde qui m'entoure, car les plantes ouvrent les portes de la perception; en particulier sur la nature, mais aussi sur mes relations aux autres, aux objets. Je pourrais dire que ça a donné un goût nouveau, plus tendre, à ma vie.

Ce que j’aime dans les cérémonies, c’est aussi l’espace créé par le groupe, le lien tissé avec les autres, le rituel.

La diète qu’il est nécessaire d’observer avant les cérémonies est, en soi, aussi un cérémonial, une préparation pour la fête. Une fête où l’on se célèbre, où on célèbre la vie, les éléments.

On peut toujours dire que le moment de la purge de la cérémonie est inconfortable. Ce n'est vraiment pas l'essentiel de la cérémonie et ce n'est pas du tout ce qu'il en reste comme souvenir ensuite.

La purge est surtout énergétique. Déjà parce que le nettoyage doit se faire, et aussi parce que je ne connais pas de (re)naissance sans inconfort dans le passage.

 

Dayanidhi

Conscience des plantes