Témoignage - Ouverture de la Voix

(troisième nuit en cérémonie)

Les deux premières nuits avec la plante me vident la tête, je vomis presque illico mais je ne réussis pas à lâcher le mental. La vraie expérience que j'attends n'est pas là. Je prie avec un ami lors du début de la cérémonie du troisième soir, avec l'espérance d'avoir la Grâce. Et il est vrai que curieusement entre ma voix, celle mon ami et la guitare, je ressens comme une alchimie très haute et lumineuse, c'est une prière emplie de quelque chose. Je viens de rencontrer cet ami, et je sais qu'il est Chamane (mais ce n'est pas lui qui va mener la soirée).

 

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La nuit la plus belle de ma vie va avoir lieu !

Je bois en premier une toute petite dose pour éviter de vomir comme les deux soirs précédents, et prends soin de boire une dose plus grande environ une heure plus tard. Puis, commence un travail doux et subtil. Je n'avais encore jamais perçu de chose aussi étonnante.

 

Dans ma mâchoire gauche, un fluide commence à vibrer. Il descend dans mon cou, et dans mon bras gauche un long moment. Il s'étire, glisse dans mes os tel un serpent très lent mais en un mouvement perpétuel. Il descend l'avant-bras puis jusque dans le bout des doigts et c'est un délice. Un jus qui s'étale le long, lisse, coule, déroule et étire sa lave dans la mâchoire et même dans le crâne toujours à gauche. Cela dure un long moment.

 

Je m'allonge et le fluide continue son chemin maintenant dans mon ventre, mes intestins et quelques parties de la jambe droite. C'est juste un régal sensationnel. Après un temps je sors voir le feu, je reste longuement à côté puis plus tard, le vomissement appelle. Je me lève et dis à la plante et à mon corps que c'est avec plaisir ! Et alors, sort de l'acidité. De l'eau très acide, rien qui ressemble à la plante. Beaucoup d'eau sort, on dirait plus d'un litre d'acidité qui quitte mon corps et je me rassois près du feu.

 

Et c'est alors qu'une joie monte, j'ai envie de crier ma joie ! Je me sens si joyeuse, je dis que j'ai envie de crier mais les gens présents là y sont très réfractaires... Je vais avoir besoin de crier si fort que je cours loin dans l'herbe...

 

Je cours environ cinq cent mètres plus loin vers une sorte de ruine. Il fait nuit noire, et je commence à sortir des cris profonds, et une sorte de chant inouï. J'ai peine à y croire. J'émets des sons superbes, maintenant un cri de perroquet, avec une gorge immensément ouverte (je suis chanteuse à la base). Mais à cet instant, les sons surpassent tout ce que j'ai pu produire jusqu'à présent dans ma vie.

 

Tout est large et c'est si bon de redécouvrir ma voix avec une telle intensité, ces sons ne sont d'ailleurs rattachés à aucun style musical que je connaisse. Je produits des chants... chamaniques ? Ou alors issus d'une nature puissante. Je me sens le véhicule d'une puissance extrêmement libre et douce. Je retourne au feu en courant, et recommence des sons maintenant étonnamment graves, comme si j'étais une femme baryton, ce qui d'ordinaire est impossible !

 

C'est si sublime, c'est un corps nouveau qui chante. Je ne sais pas qui je suis, ce corps est si vide, si libre. Il en sort des sons graves et chauds qui viennent du nombril, très bas. La sensation est étonnante et belle : « C'est moi ? Quel est ce corps qui produit ces sons ? ». Il s'est passé environ trois heures depuis le début de ces bruits.

 

Cela dit, au bord du feu je rencontrais des personnes qui étaient contre mes chants/cris et mes sons. J'aurais pu aussi bien réprimer tout cela. Mais j'avais tant et tant besoin d'espace, une force a été là, de chaque fois suivre cet élan de liberté. Inlassablement, je retourne courir au loin et chanter, faire entendre ces sons incroyables, ultra aigus, chants d'insectes et parfois profonds et vibrants comme dans le cœur des montagnes.

 

Le chamane K. vient me voir (je suis quand même super loin du groupe). Je le rassure et lui explique que je vis comme une folie-libératrice-positive et que je m'en fiche des règles, je n'ai plus aucune règle de bonne conduite : tous les sons doivent sortir. K. repart et je pousse un cri d'oiseau, un son qui sortirait comme de la gorge d'un aigle. C'est parfaitement magistral et magique, je me sens ainsi nettoyée de l'intérieur, vide.

 

Au petit matin je n'en reviens pas de cette beauté qui m'habite là, en cet instant.

 

Dans l'instant de cette nouvelle éternité me dis-je.

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Plus tard dans la matinée je suis à la gare et il y a un piano, je m'y installe et je joue plusieurs morceaux, et je chante. À ce moment, peu importe le reste, je sens que mon énergie est flamboyante, si dense et j'éprouve une sensation corporelle sublime, connectée à une source juste. En réalité j'ai peine à croire ce qui arrive et c'est une journée tout à fait hors du commun.

 

Mille mercis à toi la plante et à toi Grand Mystère, qui rends toutes ces expériences possibles. Même si ce n'était qu'une expérience. Je sais à présent que le corps est beaucoup plus que ce que l'on croit, je prends conscience aussi que par mes émotions et mes pensées néfastes, j’emplis mon corps d'une acidité mauvaise et que je dois à tout prix chercher à corriger cela.

 

Tapasya

Conscience des plantes