Témoignage: L'expérience la plus profonde et la plus thérapeutique que j'ai vécue

Je vais tenter de mettre des mots sur ce que fut ma première expérience avec l’Ayahuasca.

Je suis un homme de 34 ans originaire de la région Rhône-Alpes. Cela faisait longtemps que je m’intéressais au sujet, aussi bien par le biais d’internet que par les quelques reportages et films que l’on peut trouver sur le sujet. Mais aussi par les récits des différentes personnes de mon entourage qui avaient vécu l’expérience.

En 7 années, je n’avais pas ressenti l’appel suffisant pour franchir le pas et tenter l’expérience. Puis un jour, cela m’est apparu comme le levier nécessaire pour me libérer des chaînes du passé. En effet, suite à une adolescence difficile voir traumatisante sous certains aspects, j’avais sombré pendant plus de 15 ans dans la toxicomanie. Même si j’avais réussi à me libérer de mes habitudes autodestructrices grâce à d’autres types de médecines et une prise de conscience sur ce que devait être ma vie, les vestiges et séquelles de cette époque étaient encore bien présents, m’empêchaient d’avancer et me rendaient malade. J’ai donc fait appel aux amis qui m’avaient conseillé l’Ayahuasca, quelques années auparavant.

Me voilà parti pour l’aventure. Les choses se sont enchaînées très vite car une place s’était libérée pour le weekend qui suivait mon premier contact avec le chaman. Heureusement, je venais de finir une purge hépatique en profondeur et je me nourrissais seulement de jus de fruits et de soupes depuis une semaine. Donc, la diète alimentaire nécessaire était respectée.

J’ai eu la chance de pouvoir participer à deux cérémonies sur un week-end avec un groupe composé, pour la plupart, d’habitués très accueillants, avec lesquels je me suis tout de suite senti à l’aise. Le weekend se déroulait dans un refuge en forêt très bien adapté à ce type d’activité.

Au fil du weekend, j’ai mieux compris les règles et rituels ainsi que le rôle indispensable du chaman. Avec le recul, je dirais que j’aurais dû être un peu plus observateur afin d’éviter quelques maladresses dues à mon manque de connaissances des us et costumes lors de cérémonies Ayahuasca. Un conseil : bien effectuer la topographie du site afin de bien visualiser l’emplacement des lieux stratégiques, comme les toilettes.

Les deux soirées se sont, à peu près, passées sur le même schéma.

Premier soir :

Une première prise, justement dosée, pour une première fois. En tant que non-initié, j’ai ressenti une grande insatisfaction d’avoir une dose réduite et je doutais fortement que l’action bénéfique, que j’attendais, arrive. Grosse erreur et j’allais très vite m’en rendre compte.

Les premières visions ne se sont pas fait attendre bien longtemps. Assez subtiles, au début, puis plus intenses et colorées ensuite. D’une grande beauté et d’une grande finesse, directement influencées par la musique et les chants que j’ai trouvés, tout au long du week-end, vraiment magnifiques.

Au niveau physique, les effets sont tout de même assez forts, l’équilibre est assez difficile. Cependant, au niveau mental, on est très lucide et le niveau de conscience est élevé. Notre rapport occidental aux psychotropes ne nous habitue pas à la lucidité, sous leur influence.

On parle d’un serpent qui serait relié à cette plante. En ce qui me concerne, une pieuvre est là. Je la vois très clairement. Ses tentacules entourent ma tête comme si j’étais sa proie. Je suis très content qu’elle soit là et lui témoigne beaucoup de reconnaissance pour ce qu’elle fait, même si je ne comprends pas vraiment ce qui se passe.

L’effet passe assez vite, même si la notion du temps devient subjective. Le chaman propose de resservir un verre à ceux qui le désirent. Je me précipite, ayant pour but d’avoir à nouveau ces visions magnifiques. La deuxième prise ne me procure aucune vision mais, en revanche, je commence à me sentir nauséeux, mais pas suffisamment pour vomir. Toujours pris par mes schémas occidentaux, reliés aux psychotropes, je ne souhaite pas vomir car je me dis que si j’expulse ce que j’ai dans l’estomac, l’effet va partir et je ne bénéficierai plus de la plante. Encore une erreur d’ignorant.

Au bout d’un certain temps, il y a la possibilité de reboire. Je me précipite, à nouveau un peu frustré. J’explique maladroitement ma situation au chaman. Cela le fait rire et il me donne un verre. Je retourne sur mon matelas. Alors, les visions reviennent et je commence à me sentir franchement malade. L’effet est un peu trop fort, je me tourne sur le côté et m’assoupis. Un peu plus tard, je suis sorti de ma somnolence par le chaman qui vient me demander si ça va, si cette fois j’ai senti l’Ayahuasca. Il me propose de me souffler de la fumée de tabac dessus. Je suis toujours franchement nauséeux mais ça ne sort pas. Il me souffle abondamment le tabac dessus, ce qui a pour effet de me rendre assez rapidement encore plus nauséeux. Je ressens le besoin de sortir.

Là, d’un coup, me vient à la conscience un profond traumatisme de mon adolescence et tout ce que j’ai à sortir, sort. Je vomis un liquide assez fluide comme de l’eau. D’où vient cette eau que je n’ai pas bue ? Je sais exactement quel poison émotionnel j’évacue. C’est une véritable libération.

Je comprends alors que le but et la finalité de cette cérémonie n’était pas uniquement les visions magnifiques du début mais, bel et bien, ce moment précis.

Ça y est, je commence à entrapercevoir ce qu’est l’ayahuasca.

Deuxième soir :

Je fais maintenant complètement confiance au chaman. Il maîtrise ce qu’il fait, ainsi que les doses appropriées.

Nous avons la possibilité de commencer cette cérémonie avec la Bobinsana (note : ceci est également une plante médicinale d'Amazonie, bue en décoction, accompagnant parfois l'ayahuasca). J’en prends un verre. Plus tard, je prends un verre d’ayahuasca. Cette fois, je suis tout à fait satisfait de la dose. Elle me parait parfaite.

La montée arrive. Elle est forte, les visions sont fortes aussi. C’est magnifique, je suis subjugué par la beauté du spectacle. J’en profite et je prends conscience de la chance que j’ai et j’en éprouve de la gratitude. A l’évidence, la Bobinsana potentialise les effets de l’Ayahuasca. Tout est plus intense.

Les effets passent, encore une fois, assez vite. Je suis sur mon matelas, je me sens bien. J’hésite à en reprendre. Je ne suis pas sûr que cela soit nécessaire. Je n’ai décidément pas encore bien compris ce que la plante a à m’offrir.

Je me décide à en reboire un verre. Là, de nouveau, pas vraiment de visions supplémentaires et les nausées qui reviennent, en force. Et, comme la veille, pas moyen de vomir.

Je reste assez longtemps dans cet état. Je finis par penser que je n’y arriverai pas, que cette cérémonie s’achèvera de cette manière. Dans un ultime effort, je décide de sortir pour voir ce qui va se passer. Et là, cette fois encore, c’est reparti. Je vomis, enfin, tout ce que j’ai à sortir. Là, c’est une immense colère qui sort. Les choses m’apparaissent clairement. Cette colère me rendait malade, mon foie était en grande souffrance, à cause de cela.

Je me sens bien et satisfait. J’y suis arrivé.

Je n’ai ressenti que très peu d’effets négatifs le lendemain. J’étais assez fatigué car je n’avais pas beaucoup dormi pendant le weekend. Étant assez sensible au niveau gastrique et intestinal, j’ai tout de même bien ressenti l’acidité de l’Ayahuasca, mais c’était étonnamment superficiel, étant donné la consommation sur deux nuits et le peu de nourriture ingérée. Pas d’effets d’intoxication, comme on pourrait l’imaginer et dès le lundi j’étais en pleine forme pour rattaquer le travail.

La semaine qui a suivi, j’ai été très zen et j’étais persuadé d’être définitivement débarrassé de ce qui avait été évacué pendant le weekend. Cependant j’ai pu observer un petit retour des sujets traités. Si je devais quantifier, je dirais environ 25%. L’amélioration est très nette mais on se rend compte que plusieurs cérémonies peuvent être nécessaires.

Cela met aussi en évidence que l’implication personnelle ainsi qu’une démarche consciente et participative sont indispensables dans le processus de guérison. C’est un partenariat avec la plante et chacun a un rôle à jouer.

J’ai simplifié le récit, car l’expérience a été bien plus riche que ce que j’ai relaté, mais certaines choses doivent rester personnelles. Ce que j’aurais d’autre à raconter serait sûrement incompris ou mal compris donc je ne m’étendrais pas plus sur les autres aspects. Je dirais juste que ce fut également une expérience révélatrice et profondément spirituelle.

Je me suis rendu compte de l’intelligence et de la sagesse profonde de l’ayahuasca. J’y ai perçu quelque chose d’extrêmement évolué.

J’attendais beaucoup de ces plantes. Elles m’ont donné bien plus que ce que j’aurais pu espérer, dans les plus optimistes de mes espoirs. J’éprouve une immense gratitude envers les plantes et aussi envers le chaman et son assistant, qui nous permettent d’en bénéficier et nous guident à travers un processus de guérison, de nettoyage et d’introspection.

Aujourd’hui, je n’ai qu’une seule envie : recommencer pour continuer le travail, car il me reste encore beaucoup de choses à traiter.

Pour finir je dirais à ceux qui hésitent à franchir le pas qu’il n’y a vraiment aucune appréhension à avoir vis-à-vis de l’Ayahuasca. Mais je reste convaincu que chacun doit être à l’écoute de son intuition pour se tourner vers cette médecine au moment opportun.

Conscience des plantes